En littérature, tout est mensonge, nous le savons bien. Comme au cinéma et dans l’art en général. Toutefois peut survenir le miracle lorsque, sous l’habillage organisé de ces « aménagements d’une réalité fictive », sourd un sentiment de sincérité universel qui nous saisit sans qu’on s’y attende. Nous sommes parfois capables d’avaler mille couleuvres téléphonées et autant de poncifs si, au détour d’une phrase, notre cortex nous libère subitement une dose d’adrénaline ou une extase extra-terrestre qui nous fait accepter tout ce qui a précédé ou même de le pardonner à l’auteur habile. C’est rare. Car tout est difficile en écriture. Faire rire, faire pleurer, donner une impression de facilité (« moi-même je pourrais écrire comme ça » !, dit-on parfois) et surtout, être lu. A chaque phrase, à chaque mot, le lecteur – contrairement à une projection de film ou dans une salle de théâtre – peut abandonner et partir faire autre chose, laisser sa pensée vagabonder, répondre à un appel téléphonique ou se mettre à se gratter le dos puis ne jamais revenir à la prose entamée pour en poursuivre le déroulement. Seule la sincérité d’un texte, des personnages, de l’intrigue, des valeurs véhiculées, de la révolte induite peuvent nous convaincre d’aller plus loin.
La tendance reste partout au spectaculaire mais ce dernier laisse peu de traces durables. Tous les romans grand-guignolesques de ce siècle et du précédent disparaîtront bien avant les madeleines de Marcel, l’armure bricolée de l’homme de la Mancha ou l’amour indéfectible de Quasimodo – par exemple – lesquels contiennent une dose de sincérité insubmersible dans la mode.