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Solitude et agoraphobie

Les artistes créent, la plupart du temps, seuls dans leur atelier, devant leur feuille blanche ou leur salle de répétition, par exemple. Ils testent leurs idées, leurs capacités et tentent de repousser leurs limites. Certains parviennent ensuite à montrer leur travail et/ou leur talent mais d’autres pas. Combien d’entre-eux, incapables de défendre leur performance ou leur œuvre, les rangent, les empilent ou les oublient plutôt que d’avoir à les présenter à un public ? Cette peur incontournable, ce trac sournois les empêche évidemment de se faire connaître et, incidemment, de monnayer leur savoir-faire. Cela tient de l’agoraphobie, cette peur des grands espaces, des lieux où la foule peut s’agglutiner et, essentiellement, d’être observé et jugé. Un artiste doute toujours des avis d’autrui, que ce soient les flagorneries ou les vacheries. Bien sûr, il accepte les approbations mais même lorsqu’on paie pour son talent, y compris fort cher, il ignore la portée de ce succès matériel et la pense, naturellement, éphémère. Serait-il capable de poursuivre sa quête sans cette incertitude, sans cette frayeur sourde ? Pourquoi nombre d’entre-eux vivent chichement ? Car le prix de la liberté se trouve, croient-ils, dans un relatif dénuement matériel. On pourrait même se poser la question de savoir si, à partir du moment où un grand succès commercial est atteint, le statut d’artiste ne se dilue pas dans l’argent. Tout d’abord lorsqu’il canalise un créateur dans un axe où il ne fournit plus que ce que le public apprécie. Ces aspects, le pseudo agoraphobe les esquive d’emblée. Il fuit la foule de peur d’avoir à la suivre ou à en être tributaire, se satisfaisant d’un succès d’estime, discret et durable. Et tant pis pour les commerçants !

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