Dans une librairie, la plupart du temps, le jeu du chat et de la souris entre le chaland – venu pour tout autre chose comme la biographie d’un coureur de VTT, un cadeau pour un ado, un essai sur les millionnaires et le monde de la presse, le dernier livre de x, les mangas manquants de y ou, simplement, une promenade entre les rayons pour être tenté – et un auteur vivant, bien présent à côté de sa pile de livres, comporte sa panoplie de nuances. Qui de jeter un regard du coin de l’œil pour tenter de lire le titre après avoir observé subrepticement l’allure du signataire. Qui d’affronter ce dernier directement avec des questions abruptes et, insatisfait ou poker face, repartir pensif. Qui, ayant lu l’ouvrage, de s’installer durablement pour en faire le panégyrique à la cantonade obligeant tout autre à patienter. Qui de contourner l’obstacle au large pour éviter tout contact visuel. Qui de ressortir de l’établissement trop émotif pour une quelconque rencontre. Et, heureusement, qui d’assez curieux et aventurier pour s’offrir une surprise pour soi ou pour un proche. La population des librairies, une caste étrange aux goûts polymorphes et aux tempéraments variés.
L’ultime séance se termine toujours par un goût mi-figue mi-raisin mixant une sensation d’adieux avec une autre de futures retrouvailles, jamais vraiment impossibles.