Éditer, sans aucun doute, verse dans le travers du luxe. Non pas tant que le « produit » lui-même – le livre – contienne des métaux précieux qui en feraient un bijou ; au contraire, à peine remis entre les mains d’un lecteur, il perd 80 % de sa valeur marchande déjà relativement faible. Non, le livre ne vaut que par son contenu et par la ferveur, précisément, des éditeurs qui se ruinent à tenter de les faire connaître. Cette industrie – comme, par exemple celle du cinéma – investit des sommes disproportionnées par rapport aux rendements potentiels. Pourquoi ? Contrairement à ce que propagent de mauvaises langues incultes, non, pas pour l’argent ! Pour une gloire discrète, pour la sensation de jouer aux chevaliers blancs, pour l’amour des mots, pour la mission impossible d’une quelconque universalité composée de singularités, pour un rayonnement diffus, pour le « désir d’être inutile » (Hugo Pratt) ? Un peu tout cela avec un degré de folie en plus. Oui, éditer est un luxe, écrire aussi et lire ô combien ! Profitons-en tant qu’il est encore possible de choisir à quoi vouer son âme et son temps !
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