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Être aimés des libraires

La typologie des libraires est, semble-t-il, insaisissable. Au départ, ce sont des gens comme nous, qui aiment les belles lettres ou les romans graphiques ou encore je ne sais quel genre littéraire et qui ont envie de le défendre, tout en en vivant. Mais il en est des libraires comme des éditeurs et des auteurs, ils finissent plus ou moins rapidement par se rendre compte qu’ils sont dépendants uniquement des grosses machines de l’édition auxquelles elles succombent irrémédiablement. Nous parlons ici de la grande majorité de ceux qui se plient – mécanique financière oblige – à la mise en place de ce qui sort des cartons imposés et qui, puisque le marketing est unilatéral, sont les seuls qui se vendent quand ils se vendent. Disparus les auteurs, les textes qu’aucun libraire n’a lu et donc les conseils éclairés de ce « lecteur supérieur » censé prêcher la bonne parole. Le libraire a été ainsi anéanti et ne fait que suivre le vent des media seuls promoteurs de qui doit être connu et reconnu. Pour ouvrir une librairie aujourd’hui, nul n’est besoin de s’intéresser à la création de l’écrit, il suffit d’être un bon manutentionnaire et logisticien pour éviter d’être surchargé de titres sans avenir médiatique. Aucune chance pour un auteur timide, discret et peu enclin à défendre sa propre progéniture, d’exister. Aucune chance pour un éditeur original et curieux de trouver un appui chez des libraires qui n’ont plus le temps de lire ni de passer un quart d’heure à référencer un éditeur pour un titre ou deux. Ah, être aimé des libraires, ça passe encore par la télé ou un charisme exceptionnel. Avec un peu de chance, nous les aurons… Sinon ?

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